Née d’une observation de Fraser Smith au début des années 80, cette stratégie canadienne a été mise en lumière en 2002 avec la publication du livre officiel, expliquant comme rendre une dette hypothécaire en une dette d’investissement déductible d’impôts. Je fais cette publication car je vois bien que ce thème devient de plus en plus populaire sur les réseaux sociaux. Bien qu’intéressant à première vue, ce n’est pas magique ni sans risque et je vais tenter de vulgariser cette manœuvre le plus simplement possible en pesant le pour et le contre.
Le principe de base est le suivant. Lorsque tu as une hypothèque réavançable, c’est-à- ire la combinaison d’une hypothèque classique avec une marge de crédit sur valeur domiciliaire (MCVD) qu’on appelle HELOC en anglais (home equity line of credit), tu fais ton paiement habituel et la portion de remboursement en capital peut être réempruntée pour ensuite être investie dans les actifs de ton choix (actions, obligations, FNB et autres) via un compte non enregistré. Les intérêts de cet emprunt deviennent alors déductibles d’impôts. De cette façon, sur le long terme, ton portefeuille croîtra pendant que ton hypothèque diminuera rapidement en ajoutant des remboursements supplémentaires en capital (dividendes, intérêts, etc.) qui a leur tour pourront être réinvestis. C’est un cycle sans fin, jusqu’à ce que l’hypothèque soit entièrement remboursée et remplacée uniquement la une dette déductible qu’est la MCVD. Au bout du compte, vous conservez la dette de la marge afin de continuer à déduire les intérêts, ce qui réduit votre facture fiscale année après année. En conservant la dette, vous laissez le capital d’investissement travailler et générer de la richesse à long terme, ce qui est l’objectif ultime de cette stratégie.
Wow, mais est-ce pour tout le monde? Non. Cette stratégie financière est complexe, requiert une tolérance au risque élevée, un horizon de placement long terme et une discipline financière de fer afin de ne pas contaminer la marge de crédit qui doit être réservée à l’investissement. Elle convient aux propriétaires avec une bonne équité, des revenus stables et idéalement dans une tranche d’imposition élevée afin d’obtenir une déduction avantageuse. De plus, elle s’insert dans un contexte où le propriétaire n’a pas de dettes à taux élevé, des régimes enregistrés non maximisés (REER, CELI, etc.) qui pourraient être fiscalement plus avantageux et une bonne base financière (assurances, fonds d’urgence, etc.).
De l’autre côté, quels sont les risques? Eh bien, comme tout investissement, les marchés boursiers peuvent être très volatils et même corriger (chuter), ce qui signifie que l’effet de levier peut malheureusement amplifier tant les pertes que les gains. Comme la MCVD est normalement à taux variable, elle est sensible aux changements du taux d’intérêt, comme c’était le cas pendant la pandémie et encore aujourd’hui avec les tensions géopolitiques.
En bref, la manœuvre Smith peut transformer ta maison en un véritable moteur d’investissement si cela est fait de la bonne façon et bien encadré par un professionnel. Elle n’est pas une stratégie d’élimination de la dette, mais une stratégie de gestion et d’optimisation fiscale de cette dernière. Si cela t’intéresse, je te suggère de rencontrer un professionnel de la finance formé et certifié pour la manœuvre Smith. Je vous conseille d’écouter l’épisode 117 intitulé « Manœuvre Smith : Que faire une fois l’hypothèque remboursée ? » par Frédérik Lacharité, si comme moi, vous n’aimez pas trop conserver une dette! ![]()
PS: De notre côté, en toute transparence, nous n’utilisons pas cette stratégie, cela ne concorde pas avec nos profils d’investisseurs.
